Sur Paris

Depuis le 13 novembre, on tente de rapiécer la séquence des événements lors des attentats de Paris. Deux jours plus tard, on n’en sait pas beaucoup, encore, mais ça viendra. Je compte bien que plusieurs raconteront l’histoire, en temps voulu. D’ici-là, il faut imaginer.

A_Dumas

Alexandre Dumas, l’étranger

Moi, je l’ai d’abord rêvée, Paris. La prise de contact s’est produite quand j’avais à peine 9 ans, en lisant les lignes d’Alexandre Dumas:

« D’Artagnan entra donc dans Paris à pied, portant son petit paquet sous son bras, et marcha tant qu’il trouvât à louer une chambre qui convînt à l’exiguïté de ses ressources. Cette chambre fut une espèce de mansarde, sise rue des Fossoyeurs, près du Luxembourg. »

Je voulais, comme lui, vendre mon vieux cheval jaune à la porte de la cité et marcher vers mon destin. Je me disais que d’être Gascon à l’époque de Louis XIII devait probablement ressembler à être Québécois, de nos jours. Le gros accent, la fierté qui gonfle la poitrine, du front tout le tour de la tête, le Parisien qui ne nous comprend pas vraiment…

Tout le long des Trois mousquetaires, puis, dans Vingt ans après et dans Le vicomte de Bragelone, Dumas m’a présenté le vieux Paris, le Louvre, les portes de la ville. J’ai retenu la rue du Faubourg-Saint-Honoré. Je ne sais pas pourquoi. J’avais l’impression que Porthos y buvait son vin à même la cruche en chantant, la nuit.

À mon premier voyage, je me suis assuré de trouver la rue.  Et j’ai souri, la tête dans les souvenirs. Je pense qu’un ami a pris une photo. (La rue s’étend du 1er au 8e arrondissement. On n’est pas très loin du 10e.)

Il y a eu les Vargas et les San Antonio. Les films, sur les bords de la Seine et à Montmartre. Les images du journal télévisé: le carnage à Charlie Hebdo et au Bataclan. Mais chaque fois que je pense à Paris, je revois le jeune Gascon à qui rien n’est impossible.

« Un jeune homme… — traçons son portrait d’un seul trait de plume: figurez-vous don Quichotte à dix-huit ans, don Quichotte décorcelé, sans haubert et sans cuissards, don Quichotte revêtu d’un pourpoint de laine dont la couleur bleue s’était transformée en une nuance insaisissable de lie-de-vin et d’azur céleste. Visage long et brun; la pommette des joues saillante, signe d’astuce; les muscles maxillaires énormément développés, indice infaillible auquel on reconnaît le Gascon, même sans béret, et notre jeune homme portait un béret orné d’une espèce de plume; l’oeil ouvert et intelligent; le nez crochu, mais finement dessiné; trop grand pour un adolescent, trop petit pour un homme fait, et qu’un oeil peu exercé eût pris pour un fils de fermier en voyage, sans sa longue épée qui, pendue à un baudrier de peau, battait les mollets de son propriétaire quand il était à pied, et le poil hérissé de sa monture quand il était à cheval. » Le vois-tu?

VV

Publicités

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s