Vic a lu pour toi : Les verrats de Edouard H. Bond

C’était bon. Pas mal bon. Comme un gros baril de PFK à peine partagé. Du genre que tu t’empiffres comme un cochon (un gros verrat, mettons) et que tu te dis que tu regrettes, ensuite. Mais pas vraiment, parce que c’était bon, dans le fond. C’était ce que tu voulais, dans le fond. Tu dis que, normalement, tu préfères les repas équilibrés, bio, même – sauf que la dégoulinance de la friture du colonel Sanders te réjouis l’intérieur pareil. Les verrats, d’Edouard H. Bond (chez vlb éditeur), c’est ça pour moi. Un roman complexe dans sa vulgarité, qui vient te chercher aux trippes, qui te laisse sur le cul. À toi de te relever.

Vic a aimé sa lecture. Vic l’a trouvée trop courte.

Tu n’aimes pas les sacres déclinés en verbes et adverbes? La porno sur Internet te dégoûte? L’objectification du corps de la femme te répugne? L’objectification du corps de l’homme te repousse? La consommation de drogue par des mineurs te semble déplacée dans les pages d’un livre? La langue française châtiée te fait mal aux yeux? Va trouver ton plaisir ailleurs que dans Les verrats. Parce que de tout ça, il y a.

Mais il y a aussi bien d’autres choses. Chez Marco, Samuel et Dave – les protagonistes principaux de cette plaquette littéraire – il y a de la solitude partagée, un goût de vivre à fond, une acceptation résignée face à la crasse du monde, une volonté de passer au travers. Au travers de quoi? De parents qui leur sont étrangers, d’un *450* qu’ils portent comme une croix (ou une bannière), d’une adolescence rythmée par les médias sociaux.

Ça parle de quoi?

Ça raconte une semaine de relâche dans la banlieue de Montréal. Aussi simple que ça. On commence le vendredi à la fin des classes et on laisse l’action nous porter jusqu’au lundi suivant, au retour. Marco, Samuel et Dave sont en secondaire 3 ou 4. De sérieux délinquants. Par provocation? Par nécessité? Non. Par… ce que. Parce que. Cette semaine de relâche nous est racontée du point de vue de Dave, qui nous promène dans ses fantasmes aussi bien que dans une description de sa réalité quotidienne. Un roman coup-de-poing au sortir de la polyvalente.

Dans Les verrats, il y a aussi une écriture vivante qui me trouble. Ben oui, je suis troublé. Edouard Bond choisit un savant mélange de joual trafiqué, de français normé et d’anglais assumé pour composer son récit. Et je me suis laissé prendre au piège de ce réalisme éclaté qui mélange ce que Dave pense (souvent bien articulé, dans une langue correcte, même) et ce qu’il vit (tordu, châtié, vivant). Du beau travail d’auteur.

Au final, Vic s’est retrouvé avec un moment de lecture révélateur. (Un moment trop court, je l’ai dit.)  Les verrats m’est apparu comme une immersion choc dans cet envers de la banlieue proprette qu’invente Edouard Bond pour nous. Et qui existe probablement. Non, qui existe, c’est sûr. Ouaip, une immersion choc – pense à un saut dans un lac au mois de mai; ça coupe le souffle, ça te scie les jambes, mais ça t’accélère le cœur, ça te révèle quelque chose sur toi.

Si j’étais Podz, j’en ferais un film. Mais je ne suis pas Podz. T’aurais pas son numéro?

VV

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