Vic a lu pour toi: The Man in the High Castle par Philip K. Dick

The_Man_in_the_High_CastleTu auras compris, lecteur attentif, mon amour immodéré des histoires qui commencent avec « et si… » Il s’agit d’un genre en soi – la présentation d’un monde rendu différent parce que les événements qui s’y sont déroulés divergent de ceux que nous connaissons. Et si Rome n’était jamais tombée? Et si le vaisseau spatial du petit Superman s’était posé dans la jungle, parmi les primates? Et si JFK n’avait jamais été assassiné? Et si le Cap Diamant avait effectivement été rempli de diamants? Et si les Nazis avaient gagné la guerre? Les intellos appellent ça une uchronie.

Pour moi, la transposition des préoccupations actuelles dans un monde distordu nous offre un des plus grands bonheurs de lecture. La série The Neanderthal Parallax, de Robert J. Sawyer propose une planète Terre où les sapiens sapiens n’ont jamais supplanté les néandertals. Ça donne un récit franchement extraordinaire, qui nous secoue un peu à chaque page. Je m’y suis moi-même essayé avec l’Empire Bleu Sang – et j’ai adoré ce processus d’écriture. Voilà maintenant qu’une chaîne américaine va proposer, cet automne, une série inspirée du roman de 1962, par Philip K. Dick, The Man in the High Castle; peut-être une des plus grande oeuvres uchroniques modernes. J’en profite pour te parler du roman.

Impressionnant.

On s’attend à ce que cette prémisse nous pousse dans une histoire où les Américains, battus, retrouvent leur courage et combattent à nouveau. Que neni. Années 1960, on trouve la Côte-Ouest dominée par les Japonais et la Côte-Est, par les Nazis. Entre les deux, dans les montagnes, un restant d’Amérique sans envergure. Le génie de PKD est de nous brosser un tableau de la vie ordinaire dans un monde où les valeurs américaines ont été remplacées par une extrapolation des cultures japonaises et allemandes.

Le lecteur est témoin de la volonté d’un antiquaire de San Francisco de se conformer aux coutumes nippones et de naviguer dans les relations interpersonnelles subtiles qu’imposent ses clients du gouvernement d’occupation. On assiste aux ambitions frustrées d’un Juif en fuite qui tente de lancer son commerce en espérant le retour de la femme qui l’a quittée. On se demande qui peut bien être cet auteur, supposément caché dans une forteresse, qui a fait publié un roman où les Américains ont gagné la guerre… Pas d’explosion, pas de résistance… à peine quelques actes de défiance qui visent surtout à redonner un peu de fierté aux personnages; et une histoire des 25 années qui suivent la fin de la guerre, rapiécée bout par bout, expliquées dans les dialogues, dans les extraits de journaux, en trame de fond de l’intrigue.

Honnêtement, je recommande cette lecture. Ne serait-ce que pour se rappeler que l’équilibre de nos existences ne tient pas à grand chose – et que l’être humain est beaucoup plus proche de la coquerelle, laide, mais survivante, que du tigre, majestueux et en voie d’extinction.

VV

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