Vic a lu pour toi – The Hot Kid

AVERTISSEMENT : Je suis pas mal capable de lire n’importe quoi. Toute littérature, si consommée au bon moment, est susceptible de satisfaire mon besoin d’imaginaire. Je passe d’Umberto Eco à un volume de la série Star Wars (littérature industrielle, que j’appelle ça) sans sourciller.

***

Les auteurs lisent. Moi, en tout cas, je lis. Quand j’arrive à la fin d’un bouquin et que je n’ai rien en attente dans ma bibliothèque, je panique. Il me semble que lire donne de l’épaisseur à la vie. J’ai des pushers de livres, dont ma mère, vers qui je me tourne pour trouver de la nourriture en papier. C’est d’ailleurs parce que j’aime lire que j’ai voulu donner à lire aux autres : si tout fonctionnait comme ça, les gourmands nourriraient la planète.

Aujourd’hui, je parle de… The Hot Kid par Elmore Leonard. Je l’ai lu en anglais pour en savourer la langue. Il s’en était vanté lui-même – je t’explique.

Très instructif, je te jure.

J’ai découvert Elmore Leonard par hasard. Des collègues au bureau avaient un petit livre de lui intitulé Mes dix règles d’écriture. Ça se lit en 20 minutes et c’est très juste. Je me suis demandé comment un auteur américain que je ne connais ni des lèvres ni des dents pouvait se vanter de savoir écrire et avoir largement raison en plus. (Vic se prend quand même pour un connaisseur…)

Elmore Leonard est tout simplement une pointure de premier ordre que mon radar avait bliiipé. Monsieur Leonard a commencé à écrire dans les années 50! Des histoires de cowboys d’abord, puis des polars à saveur historique. Il en a des dizaines. Plusieurs ont aussi été transposés au cinoche (genre Get Shorty). Avec The Hot Kid, il nous plonge dans les années 20 et 30, dans l’Amérique du pétrole, de la prohibition, des voleurs de banques, des marshals à feutres, dont son héros Carlos Webster, et de Kansas City la dépravée. Très très très beau contexte pour un roman d’action.

Ce qui retient mon attention est la règle numéro-je-ne-sai-plus de Leonard qui dit, je paraphrase : « Si ça a l’air écrit, je réécris. » Avec The Hot Kid, j’ai compris le principe du bon vieux Elmore – il est né en 1925, quand même. Du dialogue, du dialogue, du dialogue, une langue tronquée, amalgamée, parlée, des descriptions sommaires de haute précision, mais sans détail. Il faut comprendre ce que les personnages pensent (sont) à partir de ce qu’ils disent (ou ne disent pas). C’est excellent. À haute voix, c’est encore meilleur.

Comme je suis moi-même auteur, (Martin Matte, sors de ce corps!) je me suis demandé quelle influence Leonard aura sur moi. Je ne dis pas ça au conditionnel; tout ce que je lis influence ce que j’écris. Il est clair que je ne pourrais pas écrire « à la Elmore Leonard ». Par choix… et parce que je crois qu’il faut beaucoup de métier pour devenir un véritable dialoguiste. Par contre, Leonard nous rappelle à tous à quel point il est beau de voir une histoire à travers des échanges entre personnages. Il se passe du discours intérieur et je ne suis pas sûr qu’on y perde au change.

J’éprouve pour Elmore le plus grand des respects. De lui, j’ai aussi lu Road Dogs, et j’en lirai d’autres.

VV

Ze man en question

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