Encadrer le prix du livre au Québec

Maka Kotto (Le Devoir)

Maka Kotto (Le Devoir)

Non mais, un blog littéraire québécois et pas un mot sur le projet de loi du ministre Maka Kotto pour encadrer le prix du livre? Impossible. On propose de limiter les rabais à 10% sur les nouveautés, le temps d’une gestation humaine… Et cette mesure prend la forme d’un projet pilote, le temps que l’enfant fasse pipi sur le pot–36 mois.

On en parle depuis longtemps et je suis bien aise de voir que le mouvement ne se soit pas essoufflé. Parce qu’un corps en mouvement tend à le demeurer? Non? C’est pas ça?

Article paru dans La Presse, le 2 décembre 2013.

VV

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Vic a lu pour toi: 11/22/63 de Stephen King

11/22/63

11/22/63

Bon. Bon. Bon… 11/22/63, par ce monument de la littérature américaine qu’est Stephen King, aurait pu être le pire navet qui soit jamais atterri entre les mains de Vic. Mais non, paaaaaaaaaas du tout. Si je commence par la fin, je dis : précipite-toi pour lire ça. Il y avait trop longtemps que je n’avais pas été pourchassé par une histoire. Le goût d’en savoir plus, la tentation de lire une peu partout, n’importe quand et tout le tralala. Ça marche. Est-ce parce que la recette—on parle de King, quand même— est éprouvée? Non. C’est juste parce que 11/22/63 est un fichu de bon roman.

Pourquoi avais-je peur du navet? Mais parce qu’on parle de l’assassinat de JFK (d’où le titre du roman, il est mort ce jour-là…) et de voyage dans le temps, ce qui peut goûter pas bon très vite. Donc, d’un côté il y a le gigantesque thème de la mort la plus célèbre du 20e siècle et, de l’autre, le sempiternel thème de notre capacité à changer le passé. Pourquoi ne suis-je pas en train de te dire de ne pas t’approcher de ce livre, mais au contraire de t’y plonger? Parce que Stephen King est un équilibriste. Un magicien. Parce que j’ai eu un plaisir fou à lire ça.

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Test Beta

Les lecteurs dans leur environnement naturel

Les lecteurs dans leur environnement naturel

Et c’est fait. Le manuscrit existe. Il faut maintenant le soumettre à l’épreuve des lecteurs.

Pourquoi donc?

Par exemple, dans un billet antérieur, j’ai écrit: « J’aime les narrations au JE. Tout L’appartement du clown est monté sur la dualité entre le JE de Vic Verdier (celui de l’auteur et du personnage) et le TU du lecteur. (…) Bien sûr, j’ai lu des quantités épeurantes de livres écrits à la troisième personne. Il y a des chefs-d’œuvres comme ça. (…) J’aime ça aussi, mais pas quand j’écris moi-même. » Ce n’est plus vrai.

Tout L’imprimeur doit mourir est à la troisième personne. Et je ne sais même pas si ça fonctionne. Je ne sais pas non plus si les différentes parties de l’oeuvre se tiennent, se répondent. Je ne sais pas non plus si mes raccourcis sont trop courts où si, au contraire, je m’étends en longueur.

Il faut des lecteurs généreux, capables de me parler dans le casque. Je m’inspire du monde des Techno de l’Info – où tant de pros du test se font les dents. WIKI dit:

Beta testing

Beta testing comes after alpha testing and can be considered a form of external user acceptance testing. Versions of the software, known as beta versions, are released to a limited audience outside of the programming team.

Je fais exactement ça, juste maintenant. Et j’ai hâte de savoir ce qu’ils en pensent, t’as pas idée. Maudit que je suis chanceux d’avoir du monde comme ça autour de moi.

Bon, je te laisse, je m’en vais leur improviser un quatrième de couverture, question de gérer leurs attentes. Pis je vais m’acheter un casque, au cas.

VV

Histoire d’horreur

Une surprise pour le Vic. Et pour toi aussi, j’imagine.

Je viens tout juste de me permettre un interlude très intéressant dans le monde de l’horreur sanguignolante. Ouaip. Après le steampunk de Grand Mal (toujours en quête d’un éditeur), Vic vient d’écrire une macabre variation sur le thème du camping d’horreur. Tu sais bien: des jeunes, du sexe, un feu de camp, une légende à glacer le sang, un tueur… deux tueurs? Je commence mon incursion en terrain connu. Pourquoi pas. J’étais en train de me romancer le Québec de 1919, lorsque j’ai eu envie d’une pause.

Mon « incartade » m’a beaucoup amusé. Si tu me lis cette affaire-là un jour, tu me trouveras peut-être un peu bizarre de dire que je me suis amusé à écrire quelque chose comme ça. J’en conviendrai alors avec toi volontier.  Le résultat est un micro-roman, une novella, une longue nouvelle (10 100 mots, en tous cas) que je destine à une maison d’édition en particulier. Pourquoi celle-là? Parce que ce sont justement ses critères de soumission de manuscrits et ses appels d’offre sur Facedebouc qui m’ont donné le goût de jouer à Romero sur papier. (Ouais, Romero. Je ne vais tout de même pas me comparer à Stephen King. Ce serait prétentieux. Pour l’instant.)

Je te donne le début du texte en avant-première, tiens:

On se lasse plutôt vite de torturer des animaux. C’est vrai. Moi, à quatorze ans, j’étais déjà rendu ailleurs. Les insectes sont des proies faciles et personne ne te juge parce que tu as écrasé une fourmi. Tout petit, on te remercie de débarrasser la maison des indésirables. « Sept araignées en une seule journée? Bravo Michaël. » (Avec le temps, ils diront : « Il est pas un peu bizarre, ton garçon? C’est quoi son affaire d’arracher les ailes des mouches? » Mais pas au début. Au début, tout va bien pour tout le monde.)

Alors les gens comme moi commencent avec des insectes. Sous la chaussure. Entre les doigts. Ça craque. Ça se distend sous la pression. Et survient le premier frisson. Qui disparaît trop vite. Une grosse blatte entre le pouce et l’index, le jus qui coule, mais la sensation attendue ne se produit pas. Mon Dieu que j’ai cherché comment retrouver le plaisir d’écraser de petit êtres vivants. Jusqu’au déclic.

Jusqu’à nouvel ordre, ce projet s’appelle Lac au Sable. (Juste parce qu’il y en a tellement qui portent ce nom-là au Québec. Et que l’horreur se nourrit d’abord du banal, pas de l’extraordinaire.)

Je te livre mes impression sur cet exercice de genre… Lire la suite

Du Coca-Cola littéraire… en 50 tons de gris

J’ai fait trempette en Grèce cet été parce que je me suis marié. La Grèce, c’est romantique. Surtout les îles. Et c’est plein de gens en vacances. En vacances, le lecteur occasionnel s’adonne à son plaisir – un peu comme le fumeur occasionnel, un samedi soir dans un party avec des potes. Et comme le fumeur occasionnel, on dirait que l’objet qu’il choisit pour assouvir son besoin a finalement peu d’importance. « Tu veux une poffe? » — « Ouais, merci. » Tu remarques que le fumeur ne demande pas la sorte de cigarette qu’on va lui offrir. Et c’est compéhensible parce qu’on la lui donne. S’il achetait, il se demanderait quelle marque choisir. Il se rappelerait la dernière clope à son goût et rependrait du même poison. Il ne dirait pas: « Hé! Toi, derrière le comptoir, dis-moi donc quelles cigarettes se vendent le plus ces temps-ci? » — « Les Player’s marchent pas mal fort. » — « J’vais en prendre un paquet. » — « King Size? » Ce serait nul. Pourtant, ça doit être ce qui se produit dans les grandes surfaces où se vendent les montagnes de livres. Les plages du monde entier reçoivent la visite d’innombrables copies du même titre. Pas deux… un seul titre, souvent en anglais, mais aussi parfois traduit, entre les mains des vacanciers globe-trotters.

Cette année, c’était  Fifty Shades of Grey (Wiki…) a 2011 erotic novel by British author E. L. James. Set largely in Seattle, it is the first instalment in a trilogy that traces the deepening relationship between a college graduate, Anastasia Steele, and a young business magnate, Christian Grey. It is notable for its explicitly erotic scenes featuring elements of sexual practices involving bondage/discipline, dominance/submission, sadism/masochism. On a eu les Dan Brown et The Secret…maintenant c’est du soft-core à saveur Harlequin remballé. Ces livres-là sont à la littérature ce que le Coca-Cola est à la boisson gazeuse. On appelle ça de la domination.

Vic est-il jaloux? Oui. Je voudrais bien des ventes de ces dominateurs communs, pas toi? Mais surtout, le phénomème me fascine. Il doit y en avoir eu des épisodes de pushing, intentionnels ou non. « Je pars en vacances, vous n’auriez pas un bon roman à me suggérer? » — « Ben oui, il y a Fifty Shades of Grey, qui se vend très très bien. Juste aujourd’hui, j’en ai vendu une bonne dizaine et il n’est pas midi. D’après moi, si vous ne voulez pas avoir l’air rejet avec un livre différent sur la plage, je pense que c’est le livre qu’il vous faut. » — « C’est sûr que j’aurais l’air niaiseux si mon livre était différent de celui des autres… Fifty Plates of Djay, vou dîtes? L’avez-vous en français? Les traductions, moi, vous savez… » — « Ha! Si c’est du français que vous voulez, il me reste quelques Amélie Nothomb. Mais je vous conseille de trouver une plage francophone… »

Du Coca-Cola pour tout le monde! N’empêche qu’un bon Coke, ça reste un bon Coke. Et c’est toujours disponible… pas besoin de se forcer.

Voilà. J’ai ma réponse: la paresse. Pourquoi chercher plus loin que Fifty Plates of Djay après tout?

(Moi-même, j’ai lu Hunger Games dans l’avion, entre Athènes et Montréal. Avec un Coke. Ben oui, je sais.)

VV

The Erection Set

Connais-tu Mickey Spillane?

Moi, je ne le connaissais pas avant que Jean-Pierre April, le directeur de la nouvelle collection KompaK chez XYZ,  me le pointe du doigt. Il a écrit un livre intitulé « The Erection Set » en 1972. C’est sa femme de l’époque qui pose nue sur la couverture. Ça donne des idées… Le problème, c’est qu’en français, il a été publié sous le nom de « Le dogue ». Merde. Je voulais ce titre-là, moi, tu te souviens?

Je fais quelques recherches et voici ce que Wiki me dit:

« Il [Mickey Spillane] commence sa carrière d’écrivain comme rédacteur pour des magazines de mode. Fort de quelques succès, il se décide à rédiger pour des pulps et des comics. Payé 12 USD par bloc, il produit jusqu’à 50 blocs par jour. Pendant la Seconde Guerre mondiale, il entraîne des pilotes de chasse et transporte des soldats pour le compte de l’US Air Force.

Après la guerre, il recommence à rédiger des comics. Il fait aussi des numéros de cirque sur trampoline pour le compte du Ringling Brothers and Barnum and Bailey Circus. Il participe aussi à une enquête sur des trafiquants de drogue, ce qui lui vaut une blessure par balle et un coup de couteau. »

Waou! Un personnage haut en couleur, semble-t-il, qui est décédé en 2006.

Je note, toujours grâce au Wiki, que les critiques littéraires détestent ses livres, citant le sexe et la violence. Spillane a répliqué en affirmant :

  • « Ces grosses légumes d’écrivains n’ont jamais pu comprendre qu’il se vend plus d’arachides salées que de caviar. » (traduction de « Those big-shot writers could never dig the fact that there are more salted peanuts consumed than caviar. »)
  • « Si le public vous aime, alors vous êtes bon » (traduction de « If the public likes you, you’re good. »)

J’ai l’impression que Mickey mérite d’être connu tout à coup.  J’ai même l’impression que ma novella s’inscrit quelque part dans la parenté de l’ouvrage de Spillane. Je t’ai dit que j’avais écrit de la violence saupoudré de sexe et de scènes scabreuses… Éh bien, lis donc ce qui suit, extrait de « The Erection Set ».

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