J’ai continué à lire pour toi. Après mon initiation à Paul Auster (pas sûr, finalement), la série Millénium (que je n’avais pas lue, ben non…) et un San Antonio pour la forme, je me suis permis une incursion dans L’esprit de bottine, de François Avard.
Pourquoi? Parce que je voulais de la saveur made in Kwebec. J’avais un goût de poutine littéraire. Je dis ça sans arrière-pensée, j’aime la poutine, même en roman.
Le Dolcetto d’Asti est un vin rouge italien de la région Piémont doté d’une appellation DOC depuis le 10 juin 1974. Seuls ont droit à la DOC les vins rouges récoltés à l’intérieur de l’aire de production définie par le décret. Les vignobles autorisés se situent en province d’Asti dans les communes Bubbio, Cassinasco, Castel Boglione, Castelletto Molina, Castel Rocchero, Cessole, Fontanile, Loazzolo, Maranzana, Mombaldone, Mombaruzzo, Monastero Bormida, Montabone, Olmo Gentile, Quaranti, Serole, Sessame, Vesime, Rocchetta Palafea, San Giorgio Scarampi, ainsi que les vignobles situés rive droite du Belbo dans les communes de Calamandrana, Nizza et Canelli.
J’étais sorti du meeting pour tomber officiellement enceint d’un auteur par téléphone. (Voir fin de la partie 2) Beding! Bedang! Mon cœur battait dans mes oreilles. J’ai dit merci, j’ai dit oui… et j’ai réintégré mon meeting. Je ne me rappelle pas du tout du meeting. Pas du tout. Mes collègues n’ont rien remarqué, mais moi, j’avais déjà commencé à pousser pour accoucher de Vic.
Dans ma lettre, je disais que je cherchais un éditeur pour m’accompagner dans mon trip d’auteur. J’ai été servi. Moi qui pensais que je connaissais bien mon roman, je peux aujourd’hui te dire que je n’en savais finalement pas grand chose. J’ai lu, relu, re-relu, corrigé, ajusté, vérifié, lu encore. Surtout, j’ai répondu aux questions que j’avais évitées depuis le début.
Tel que tu t’y attendais, lecteur fidèle, Vic a terminé la révision de son manuscrit dans les temps. Aujourd’hui, je l’ai vu pour la dernière fois. Bye bye et bon voyage.
Le mise-en-pageur – appelons le Monsieur R. pour la forme – va entrer les corrections, l’éditeur va valider les changements apportés, on va ajuster quelques trucs (je sais pas encore lesquels, mais j’imagine qu’ils auront des trucs à ajuster…), on va mettre une couverture canon sur l’ouvrage et, bling!, on accouche des aventures de Vic Verdier dans L’appartement du clown. (Halleluja!)
On peut donc dire: le sort en est jeté ou, en version originale prononcé à l’anglaise: Aléia djacta east. J’ai la chienne un peu.
Pourquoi donc, Vic? Qu’est-ce qui te trouble ainsi, toi le romancier d’acier au pseudo inspiré? N’es-tu pas fier de toi?
Oui. Oui-oui. Ben oui, mais…
Mais quoi? Quoi?
Ben, j’ai été victime du syndrome du texte poche.
Hein?
Quand je me suis lu en version mise en page, avec les corrections, et tout, j’ai pensé que j’avais écrit des inepties. « Yiish! ça coule mal… »; « C’est mauvais ça, mal écrit… »; « Non, non, non, c’est pas publiable! On va me prendre pour un cave! »; « Cri– Vic, t’es ben épais de vouloir que du vrai monde lise ça… »
Mheu!?
Ben oui, il me semble que je n’avais plus de plaisir à me relire.
Qu’as-tu fait pour te sortir de ce marasme?
Rien. Rien pantoute; j’ai laissé le texte dormir un peu, et moi aussi du même coup. Juste avant de repasser à travers les corrections une dernière fois, j’ai relu des bribes de chapitre au hasard. Et c’était moins pire. Pas mal moins pire.
Reste que maintenant, le sort en est fookin’ jeté. On ne recule plus. On avance, comme Mao à travers la Chine. Comme Jules devant le Rubicon. Comme le gars qui n’a plus de freins dans une côte.
Un sage ami à moi, et qui a déjà vu ses mots imprimés, m’a partagé les paroles d’un autre grand homme encore plus sage qui lui disait, et je cite approximativement: « La plus grande qualité de ton livre est qu’il est publié. C’est fait, c’est fait. Passe à autre chose. »
Je n’y suis pas encore tout à fait, mais, comme je n’ai plus de freins, qu’est-ce qui pourrait bien m’empêcher de vérifier la sagesse de ces sages paroles?
Avant de poursuivre ma série sur le processus d’édition, voici un bout d’inspiration – considère ça comme un cadeau de Noël en retard ou une étrenne du Jour de l’An en avance…
Au début du roman, on vit les attentats du 11 septembre 2001. J’ai donc pensé que mon bout d’inspiration serait de Georgy Bushy Sonny.
Le 20 septembre 2001, le président Bush s’adresse aux deux chambres réunies du congrès des États-Unis. On a abondamment parlé de ses paroles. On les a entendues en boucle sur les chaînes spécialisées du monde entier : « Either you are with us, or you are with the terrorists. » Moi, j’ai su à ce moment-là que nous étions dans l’après 11 septembre. J’ai eu peur, comme bien d’autres.
Le jeu en valait tellement la chandelle que j’ai assemblé une espèce de comité de lecture pour travailler au corps les axes de narration, les personnages, les relations et tutti quanti. Je me rappelle que j’ai aimé ça beaucoup. J’ai souvenir encore d’une superbe séance de travail qui m’a donné le goût de PU-BLI-ER, question de donner une vraie maison à mon histoire.
Donc, en mars 2009, j’ai rassemblé mon courage… et j’ai fait imprimer mes quelques 260 pages de Times New Roman à interligne 1,5 une autre fois pour être sûr de ma shot. Ensuite – après une nouvelle série de corrections – j’ai googlé les adresses des éditeurs québécois et j’ai posté/livré mes manuscrits, une bonne dizaine.
Parenthèse. Ça coûte cher, quand même. Pense à 25 $ de la copie, plus l’enveloppe, plus le gars qui le charrie jusqu’à la bonne porte et tu vois que j’en ai mis pour 300 $ juste pour cette série-là.
Sans réponse en juin, j’ai décidé de remettre ça pour une autre série.
Attente. Attente. Comprendre que ça va prendre du temps. Ils en reçoivent tous des centaines de manuscrits, nos copains les éditeurs. Ils lisent. J’attends. Attente. Je me dis que je vais tout publier online et qu’ils pourront bien m’oublier, les $?%**/ »< d’éditeurs! Attente.
Je me suis rendu compte qu’il y a, dans le fait de soumettre un livre à des éditeurs, quelque chose qui se rapproche de la loterie. Combien de bons bougres espèrent encore leur tour après une demi-douzaine de processus comme celui par lequel je suis passé? Trop. Après plus de six mois, je me voyais grossir leurs rangs.
Et puis, le 10 septembre, pendant un meeting au bureau, mon cellulaire sonne et les Éditions XYZ m’annoncent qu’ils voudraient jouer à la sage-femme avec Vic Verdier.
Dès que j’ai commencé à distribuer des extraits de L’appartement du clown à des amis, je me suis rendu compte que j’aimais être lu. Je regarde le visage du lecteur, les yeux qui courent sur la page, les sourcils qui se froncent, la bouche qui s’anime parfois involontairement et ça me fait le plus grand bien. (Vic est un voyeur littéraire. D’ailleurs, si tu as envie de te filmer en lisant mon blog ou L’adc – quand il sera en librairie – fais-le et courielle-moi tout ça…)
Quand j’ai pris conscience que du vrai monde pouvait avoir envie de lire ce que je raconte, j’ai décidé d’y aller jusqu’au bout. Je me suis lancé jusqu’à avoir un MA-NUS-CRIT. Au complet. L’appartement du clown a germé quelque part en 2005, je l’ai écrit par scènes décousues, sans trop y croire, je pensais plus à un recueil de scénettes de la vie trépidante du Montréal hip, moche, rigolo…
En 2006, je pense, j’ai même envoyé unescène à un concours à Radio-Canada pour L’anthologie de récits québécois de Jean Barbe. Ça s’appelait « Con comme un chasseur ». Le texte avait été sélectionné pour publication, puis coupé en troisième mouture. (Pour me venger, j’ai coupé la scène du roman, moi aussi, nah!) Par contre, le simple fait d’avoir été considéré m’a donné le goût de plonger pour de vrai.
Aux vacances d’été 2008, je me suis donné un plan d’écriture crédible et j’ai écrit la fin de l’histoire. J’avais un début, des bribes de pas grand-chose et une finale. Il me restait à combler les trous. Je me suis donné jusqu’au 31 décembre – pour compléter le roman la même journée que l’action qu’on y trouve. (Je suis cave comme ça.) Et je l’ai fait.
Pendant l’automne 2008, j’ai ouvert le processus à pas mal de monde :
Maman, qui m’aime comme j’écris
Ma sœur ,qui commente comme Monet, en impressionniste
Ma blonde, qui lit peu, mais qui critique avec fougue
Cat, ma lectrice « madame-tout-le-monde » qui rend mes maladresses plus crédibles
Pat, dont le jugement est un rasoir qui porte à réflexion
Boris, l’homme à la culture excessive
Marc, qui s’emporte, révise et propose des avenues nouvelles
J’en passe et tellement que c’en est gênant
J’avais besoin de parler de ma patente. Ils ont écouté (lu). J’ai décidé que le jeu en valait la chandelle.