
Anne est une amie, je te préviens. L’amitié que je lui porte n’a rien à voir avec l’appréciation de son premier roman que je m’apprête à t’offrir. Ce roman, Elle devient rafale, n’a pas besoin de copinage pour attirer les bons mots.
Anne écrit vraiment très bien. Elle sait raconter des histoires.
Que dit-on à l’arrière de ce court roman? “Campé au cœur de la tempête historique de mars 1971, Elle devient rafale explore avec sensibilité les dilemmes intérieurs de Marie, René et Sylvie alors que toute la province est paralysée par la neige. Trois quêtes identitaires qui se déploient sous fond de tensions sociales dans un Québec en pleine mutation, tiraillé entre tradition et modernité.
N’est-ce pas dans la tempête qu’on se révèle à soi-même?”
C’est joli tout ça, mais ça n’explique pas la force de ce livre.
Anne a choisi trois personnages à trois décennies d’intervale: 16, 25, 37 ans. C’est un éventail très révélateur. Sylvie, toujours au secondaire, a la fameuse idée de suivre son amie délurée pour une virée à Montréal à partir de Drummondville… au moment où la tempête va s’abattre sur le Québec. René, commis dans un journal, rêve de tellement plus que c’en est malaisant. Il brave la neige pour rejoindre Parthenais, où se déroule le procès des felquistes, et où il espère dégoter le scoop qui va le faire avancer dans la boîte. Marie, elle, est prise au piège dans la banque où elle travaille — à moins que le piège soit celui de ses responsabilités d’épouse et mère qui l’étouffent depuis seize ans?
J’ai aimé:
- La langue vivante et bien ancrée dans le Québec des années 1970. Ça donne du relief au roman et ça fournit des moments de lecture éclairants;
- Les courts chapitres punchés qui alternent entre nos trois moineaux et leur trajectoires bouleversées par la tempête — ce rythme favorise l’efficacité narrative et permet à Anne de nous offrir des passages parfois franchement très drôles (ma blonde m’a entendu rire à plusieurs reprises);
- Les habiles flashbacks qui, un peu à la façon d’autant d’égarements momentanés, nous entraînent dans l’origine des complexes et des aspirations des personnages;
- Le contexte historique, rapidement campé, qui nous rappelle que cette société était la nôtre il y a peu encore;
- Le fait que les problèmes, doutes, espoirs et ambitions de Sylvie, René et Marie résonnent toujours en 2026.
Bon, est-ce que je t’ai convaincu de te lancer dans ce roman? As-tu envie de braver la tempête?
Je l’affirme haut et fort: c’est un cadeau à se faire. On a tous rêvé de briser nos carcans, on a tous pris de mauvaises décisions en essayant d’améliorer notre sort, on a tous eu la chienne quand une situation qu’on croyait sous contrôle s’est mise à déraper. Surtout, on a tous eu le goût, au moins une fois, de simplement se dire: “Ah, pis, fuck it, je l’fais. ”
Moi, en tous cas, ça m’est arrivé. Elle devient rafale, c’est ça, mais en mieux.
VV