Vic a lu pour toi: Tout écartillées de Marie-Eve Bourassa

Quand commence l’histoire que raconte Marie-Eve Bourassa dans Tout écartillées, Vic a approximativement 60 dodos — ouin, peut-être deux mois d’existence.

On changeait mes couches à St-Augustin-de-Desmaures, à quelque 250 km du Montréal emboucané et à la découverte de lui-même que choisit de faire vivre l’autrice. Parce qu’elle vit, cette métropole qui vient d’offrir les Olympiques de la jeune Nadia Comaneci au monde entier. Elle vit, elle trépigne, elle s’accepte parfois, se rebute aussi, elle ne se comprend pas tout-à-fait. Le Montréal de1976 constitue une toile de fond bigarrée parfaitement assortie à ce roman… ou vice versa. Marie-Eve Bourassa met en scène des personnages qui ont le don de surprendre. Ils m’apparaissent tous en trois dimensions, réels et douloureux, cassés, usés, mais pourtant toujours grouillants et gigotants.

Les Georges, Raoul, Roger, Linda et Jocelyne qui peuplent ce livre auraient pu être mes mononcles, mes matantes. J’ai des photos de gens comme eux dans mes boîtes d’archives familiales.

En 1976, j’étais à peine une petite chose pleurnicharde – mais j’étais. Cette époque, c’est aussi la mienne. Le roman est assez bon pour que j’y croie.

Donc, un bon, voire un très bon, voire un excellent roman. Ça raconte l’enquête d’un détective privé qui peine à reprendre son élan depuis certains événements tragiques autour d’Octobre 70. Georges Kirouac, son nom. Il est coincé entre son alcoolisme, ses cigarettes, sa moto, sa fille Marie-Baby, son ex-partner de la police, le crime organisé et le besoin de plaire à une barmaid qui a tourné dans un film de fesses. Go mon Georges.

J’aime quoi de ce roman?

  • L’intrigue, qui commence toute petite, mais sur les chapeaux de roues, et qui se termine en feu d’artifice. Des rebondissements de qualité, des surprises, des scènes croustillantes dans des bars, dans un peep show, dans le bois… une bonne enquête habillement enchevêtrée, avec des motivations solides.
  • Les “enfants de nanane”, les “fait à l’os”, les “kin toé”, les “tu veux-tu un refill”, les “checke les cabanes” – une langue québécoise qui fesse dans les oreilles, qui chante en franglais, qui donne l’impression de l’entendre pour vrai.
  • Les sandales de Georges sur sa Triumph, Export “A” au bec, qui se sauve d’une cliente trop insistante.
  • Les dialogues. Réalistes. Ça donne le goût d’embarquer dans la conversation.
  • Le jeu de miroirs et de références croisées à la miuze, aux films, aux pubs des années 1970. Appeler des chapitres “Bozo-les-Culottes”, « On est six millions, faut se parler », “L-O-L-A, LOLA” ou “Tous les palmiers…”, ça rehausse la saveur de cette histoire avec du piment qui goûte très bon. Sans farce, c’est bien fait dans le texte aussi. (Et ça me rappelle ma propre incursion dans la pop culture avec L’appartement du clown et Le Moderne Cabaret.)
  • Le choc de la révolution sexuelle et du processus d’émancipation de la femme… une incursion réussie dans la tête des hommes et des femmes qui le vivent, tant bien que mal et chacun.e à sa façon; dans une commune ou en laissant pousser sa bedaine de bière, c’est tout comme.

Pour la petite histoire, la romancière et moi avons échangé nos romans à Montréal, en 2021, pendant la Caravane Littéraire de Guillaume Morrissette (qui reprend du service en mai 2022). Je suis bien heureux de ce détour du hasard.

Marie-Eve, voici la citation que je t’offre, tu peux la répéter partout:

Tout écartillées m’a jeté par terre. C’est un roman policier maîtrisé, mais c’est aussi tellement plus que ça. Je suis devenu le chum de Georges Kirouac, le perdant-mordant qui mène l’enquête, et j’ai fumé quelques clopes avec lui. J’ai eu l’impression d’arpenter les rues sales de Montréal sur sa moto, à la fin d’un été chaud, juste après les Olympiques. Ce livre est un buffet varié, savoureux et un peu salé – comme ceux que j’imagine qu’on servait dans les “bars à totons” en 1976.”

Vic Verdier

Est-ce que je t’ai convaincu? Vas-tu le lire? Tu devrais. Et, tu seras d’accord, ce roman a un criss de bon titre.

Ciao,

VV

Vic publie deux nouveaux romans

Allez! Les précommandes sont ouvertes sur le site Les Libraires.

DANS L’UNIVERS DES CONTES INTERDITS: VERDIER, LE GÉANT

Je trouvais que le terrible Géant Verdier, du Conte Interdit Jack et le haricot magique, méritait une « origin story ». Sa femme, Nicky, avait aussi une histoire à raconter… Lisez tout ça en mars 2022.

ÉMEUTES – texte retravaillé et nouvelle édition

Mon roman coup-de-poing est de retour! Nouvelle version, texte revisité et amélioré. Les pires émeutes font rage à l’intérieur… En librairie dès janvier 2022.

VV

Vic a lu pour toi: Les fils d’Adam de David Bédard

David Bédard écrit bien et ça éclaire son récit noir. Il y a un rythme soutenu dans ce thriller. Dès les premiers paragraphes, on sait qu’on va avoir droit à une histoire un peu débile, gore et « in your face ».

La prémisse est simple et cadrée rapidement: une jeune femme déçue, sur le point de partir dans l’Ouest du Canada, accepte le rendez-vous d’une homme plus âgé. Ils sont supposés aller au restaurant – les choses ne se passent pas du tout comme prévu. Elle est retenue prisonnière quelque part au nord de Montréal et découvre la folie des Fils d’Adam.

On aime Les fils d’Adam parce que:

  • On veut se plonger dans une histoire de séquestration qui sort de l’ordinaire;
  • On a envie de rencontrer des personnages décalés, hors de la réalité normale, choisis pour assouvir des pulsions malsaines;
  • On a le goût de plisser les yeux en lisant des scènes dé-gueu-las-ses;
  • On aime essayer de comprendre ce qui se passe vraiment derrière les écrans de fumées qui enveloppent les personnages;
  • On est curieux de rencontrer Marcel et sa grosse bite 😉

Donc, beau travail, David. J’ai eu bien du plaisir dans tes pages.

On en jase bientôt – tu restes tellement pas loin de chez moi… tout près du Manoir terrible qui sert de demeure à tes fils de crottés, en plus.

Ciao.

VV

Vic sort en clandestin

Salut! Je ressors électrisé du Salon Clandestin de Terrebonne. Je t’offre des images pour te le prouver.

Les photos sont une gracieuseté d’Annie Desjardins, que je remercie. Et as-tu vu Dominic Bellavance, qui a osé partager une table avec moi? Hâte de lire son 2e roman dont vous êtes la victime, Hantée.

Non mais sans blague, des événements comme ceux-là, il en faudrait tout le temps. Ça fait du bien de parler à du vrai monde. Merci aux organisateurs (photos 5) et aux auteur(e)s (photo 2).

Si tu ne connais pas le groupe des lecteurs de romans « Noir/Horreur/Policier », je te recommande cette communauté sympathique et énergisante.

Ciao,

VV

Johnny Cash chante mon prochain roman

Johnny Cash -source gnrcentral.com

Je suis en train d’écrire un nouveau roman. Quelque chose pour cet automne.

J’ai la tête en feu. Et il y a de la musique qui me donne l’impression d’avoir été jouée pour accompagner mon écriture.

Ce sera glauque, ce sera criminel, ce sera dur. Ça prend une voix basse, rauque, blues. La trame sonore de mon roman, ce sont les « covers » de chansons rock que Johnny Cash a mis à sa sauce. Tu connais pas?

Entre autres:

  • Hurt” (Nine Inch Nails)
  • “In My Life” (The Beatles)
  • “One” (U2)
  • “Redemption Song” w/Joe Strummer (Bob Marley)
  • “I Won’t Back Down” (Tom Petty & The Heartbreakers)
  • “Rusty Cage” (Soundgarden)
  • “Bridge Over Troubled Water” (Simon & Garfunkel)

Vas les voir ici.

Ciao

VV

Vic a lu pour toi : AMQUI d’Éric Forbes

AMQUI

J’aime les polars qui sortent du moule et se permettent des incartades dans le crime novel. C’est ça que propose AMQUI, chez Héliotrope, dans la collection Noir.

Forbes écrit bien et juste. Les personnages qu’il met en scène, nous les connaissons déjà, ou presque. Il y a cet ex-détenu qui semble avoir mûri un plan en prison; sa sœur, devenue une étrangère; ce policier marqué par la vie, qui fait son travail, mais qui passe à un cheveu de tout faire foirer; ce politicien qui aboutit au sommet de sa carrière après un chemin semé de trahisons; ces truands sûrs d’eux mêmes, un peu cons, qui ne semblent avoir connu que des victimes apeurées… Donc on les connaît – sauf que l’ex-détenu est aussi libraire (comme l’auteur, d’ailleurs), que le policier ne tire pas vraiment les ficelles de l’histoire, que le politicien a une saveur toute régionale qui le distingue. Forbes parsème du piquant et de l’étonnant chez ses protagonistes et leurs antagonistes. Il s’assure aussi que le polar ne soit pas simplement une succession de scènes qui mènent au dénouement où la justice triomphe enfin. C’est là qu’il flirte avec le crime novel. On comprend que des zones d’ombre vont perdurer et que c’est aussi ça, une bonne histoire bien noire.

Autre bon coup : l’action d’abord.

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