Vic et son foulard

On a remarqué que Vic porte des foulards. C’est vrai. Quand je vais à la rencontre des lecteurs et lectrices, je m’enrubanne très souvent le cou d’un morceau de tissu. Voici la petite histoire.

Ça vient de mon père. Quand j’étais p’tit gars, il m’avait collé une étiquette: Sim, c’est un foulard. Traduction: mon fils a de la graine d’artisss (prononcer comme socialisss et écologisss).

Il faisait le geste de balancer ledit foulard par-dessus l’épaule, comme les Aristide Bruant de ce monde.

Portrait par Toulouse-Lautrec

J’imagine que tu vois ce que je veux dire.

En bref, mon papa, dans sa vie d’avocat, incapable de pousser une note juste pour sauver sa vie ou de dessiner autre chose que des bonhommes-allumettes, me voyait comme un artiste en devenir. Je pouvais bien essayer de la cacher, mais ma créativité remontait toujours à la surface.

Je n’aimais pas ça, à l’époque.

J’ai changé d’avis. Je suis clairement un « foulard », un créatif, un romancier, un écrivain, un artiste et tutti quanti.

Papa est décédé il y a presque 25 ans aujourd’hui, mais je lui rends un petit hommage à chaque fois que je porte le foulard et que je me glisse dans le peau de Vic Verdier, le pseudonyme de son père à lui — qui avait effectivement de la graine d’artisss, bien avant moi.

Voilà, c’est ça qui est ça. Tu sais tout, maintenant.

Ciao,

VV

Divine narration

Pour Le Moderne Cabaret, le Vic a décidé de tenter sa chance avec un nouveau narrateur. Ouaip. Non content d’avoir la chance de parler en son propre nom, le Vic a investi une deuxième voix pour raconter à peu près le tiers de son histoire. Tu ne t’étonneras pas de constater que j’aie choisi celle de Dieu… Omnisciente. Et je dois dire que je n’ai pas tellement trouvé simple cette expérience. « Mais pourquoi? » te dis-tu. « Ben, parce que c’est difficile de choisir quoi dire quand on pourrait avoir n’importe quel point de vue sur le déroulement de l’histoire – problème d’abondance. »

Je me rends compte que Vic Verdier, l’auteur, aime s’imposer des contraintes formelles qui lui tracent une ligne d’écriture avant même de commencer à écrire. Par exemple, en choisissant le « je », le « présent de l’indicatif », la capacité à « apostropher le lecteur » et les « marqueurs temporels en début de chapitre », j’ai inventé le canevas de L’appartement du clown. L’écriture s’est faite tout naturellement parce que j’avais accepté d’avance de jouer avec ces pièces-là et pas d’autres. Quand j’ai élargi mes options narratives pour Le Moderne Cabaret, je pensais me faciliter la tâche. Oh que non. Non. J’ai appris que le Vic a un peu du « régime castriste » dans sa façon d’écrire: il lui faut des interdits pour libérer ses idées…

Dans la partie qui se déroule au Chili, toujours dans LMC, il a fallu que je me contraigne « après coup ». Lors de la réécriture, j’ai opté pour une narration omnisciente, certes, mais discrète; le Bon Dieu intervient très peu, laissant la place à ma première figure imposée: le dialogue. Vic n’est pas encore Elmore Leonard,  mais il travaille sa narration par échange de paroles entre ses personnages. En faisant ça, les choses se sont mises à avoir plus de sens. Vic…toire!

Auparavant, j’avais essayé de me passer du dialogue en rapportant les paroles des différents personnages dans des paragraphes courants, sans guillemets ni tirets. É…chec.

On ne peut pas tout réussir.

VV

PS: Bientôt, je prévois te parler de la banlieue, de l’homosexualité, du mensonge, te donner des extraits du roman et essayer de filmer une bande-annonce.

Cent fois sur le métier

Il a fallu du temps au tempsImage, mais ça en a valu la peine! Le Vic est aujourd’hui bien heureux. Heureux parce que la suite de L’appartement du clown est en passe de devenir une réalité. (D’ailleurs, la photo, juste à côté, a été dans mes idées d’inspirations… Ça vient de New Belgium Brewerie au Colorado.) Heureux parce que depuis, le processus de réécriture a été une révélation pour moi. Comme quoi écrire demeure l’oeuvre simple et réécrire, le travail de polissage nécessaire qui constitue l’essentiel de mon ouvrage de romancier… Plus long que prévu, pourtant, je suis très content du résultat. Heureux parce que ma nouvelle couverture me fait sourire et qu’elle représente bien le ton du roman. (Rouge!) Heureux parce que la fin de l’écriture du Moderne Cabaret a aussi voulu dire le redémarrage de mes autres envies littéraires. (Tu veux savoir lesquelles? Un roman historique, un projet de bande-annonce pour le Moderne et la possibilité de replonger dans la violence sci-fi de Grand Mal.)

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