Parlé ou écrit?

Tchick! Tchick!

À quel niveau écris-tu, toi ? T’es-tu posé la question ? Moi, oui. Voici ma réponse.

J’écris en vernaculaire québécois, mais pas trop, familier juste assez, inventif et libéré sans exagérer, avec des accents intellectuels s’ils servent le propos, sans rechigner à l’usage de mots étrangers, ou à l’esquisse de jurons qui donnent de la verdeur au texte.

C’est clair.

Non, ce n’est pas clair. Ma réponse ressemble à la définition de l’identité d’Elvis Gratton. Pourtant, ce n’est pas loin de la vérité. Je cherche des équilibres dans la langue, là où on ne trouve normalement que des écarts.

Voici comment je n’écris pas :

Je n’aime pas les phrases lourdes. J’évite les verbes être et avoir. Je ne suis pas poète – que ça tressaute sous la langue, d’accord, mais que ce ne soit pas une fin en soi. Je n’aime pas les réparties ampoulés. Mes personnages n’ont pas de monologues intérieurs qui ressemblent à des cours magistraux.

Voici, en contrepartie, ce que je privilégie :

Les phrases courtes. Les formules percutantes. Les détournements de sens (surtout s’ils donnent de la profondeur à une idée ou s’ils sont susceptibles de faire sourire). L’impression d’entendre quelqu’un parler. L’utilisation de mots plus rares s’ils font l’affaire. L’utilisation de mots inventés si ça me convient mieux. Les répétitions au besoin. Les chutes en fin de paragraphe. Pas trop de ne entre je et suis. Des sacres s’il en faut, mais il me semble que c’est encore plus efficace quand on les censure. (C’est un câl– de bon truc.) Les jeux de mots. Les descriptions imagées, illustrée et olfactives (oui, souvent on sent ce que j’écris par le nez…)

Une bonne fois, il y a quelques années, j’ai entendu un professeur d’université exposer le fruit de ses passionnantes recherches (en anthropologie, je crois) dans un français très précis et irrévérencieusement québécois. Il prononçait des mots de quatre, voire cinq syllabes sans devenir automatiquement guindé/emprunté – maladie qui afflige tant de ses collègues sentencieux. Il disait « ça » et non « cela », il usait des contractions normale, ne roulait pas ses « r ». Il passait du vocabulaire de ses recherches à celui du vulgarisateur sans changer de ton de voix, sans faire le geste cucul de mettre des guillemets dans les airs avec ses doigts pour excuser le choix de ses mots. J’ai trouvé ça superbe. J’ai compris qu’on n’avait pas besoin de glossater pour expliquer, ni de littératurer pour écrire.

VV

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