Le Moderne Cabaret: la bande annonce en rappel

Les quatre personnages pour la finale. Avec les réalisateurs (Patricia Beaulieu et Pascal L’heureux)

J’ai tout à coup le goût de republier le lien vers l’excellente bande annonce que Patricia Beaulieu et Pascal L’heureux ont produit pour Le Moderne Cabaret.

J’aime beaucoup la facture et le ton. Parce que, lecteur perspicace, tu devines bien que de tourner une bande annonce de roman qui soit intéressante sans tomber dans le cinématographique… pas simple.

(Appuie sur pause a 2:43 pour admirer l’éventail de talent…)

On se revoit au Salon du Livre de Montréal dans quelques semaines.

Salut, là.

VV

Vic a lu pour toi : Les verrats de Edouard H. Bond

C’était bon. Pas mal bon. Comme un gros baril de PFK à peine partagé. Du genre que tu t’empiffres comme un cochon (un gros verrat, mettons) et que tu te dis que tu regrettes, ensuite. Mais pas vraiment, parce que c’était bon, dans le fond. C’était ce que tu voulais, dans le fond. Tu dis que, normalement, tu préfères les repas équilibrés, bio, même – sauf que la dégoulinance de la friture du colonel Sanders te réjouis l’intérieur pareil. Les verrats, d’Edouard H. Bond (chez vlb éditeur), c’est ça pour moi. Un roman complexe dans sa vulgarité, qui vient te chercher aux trippes, qui te laisse sur le cul. À toi de te relever.

Vic a aimé sa lecture. Vic l’a trouvée trop courte.

Tu n’aimes pas les sacres déclinés en verbes et adverbes? La porno sur Internet te dégoûte? L’objectification du corps de la femme te répugne? L’objectification du corps de l’homme te repousse? La consommation de drogue par des mineurs te semble déplacée dans les pages d’un livre? La langue française châtiée te fait mal aux yeux? Va trouver ton plaisir ailleurs que dans Les verrats. Parce que de tout ça, il y a.

Mais il y a aussi bien d’autres choses. Chez Marco, Samuel et Dave – les protagonistes principaux de cette plaquette littéraire – il y a de la solitude partagée, un goût de vivre à fond, une acceptation résignée face à la crasse du monde, une volonté de passer au travers. Au travers de quoi? De parents qui leur sont étrangers, d’un *450* qu’ils portent comme une croix (ou une bannière), d’une adolescence rythmée par les médias sociaux.

Ça parle de quoi?

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Histoire d’horreur

Une surprise pour le Vic. Et pour toi aussi, j’imagine.

Je viens tout juste de me permettre un interlude très intéressant dans le monde de l’horreur sanguignolante. Ouaip. Après le steampunk de Grand Mal (toujours en quête d’un éditeur), Vic vient d’écrire une macabre variation sur le thème du camping d’horreur. Tu sais bien: des jeunes, du sexe, un feu de camp, une légende à glacer le sang, un tueur… deux tueurs? Je commence mon incursion en terrain connu. Pourquoi pas. J’étais en train de me romancer le Québec de 1919, lorsque j’ai eu envie d’une pause.

Mon « incartade » m’a beaucoup amusé. Si tu me lis cette affaire-là un jour, tu me trouveras peut-être un peu bizarre de dire que je me suis amusé à écrire quelque chose comme ça. J’en conviendrai alors avec toi volontier.  Le résultat est un micro-roman, une novella, une longue nouvelle (10 100 mots, en tous cas) que je destine à une maison d’édition en particulier. Pourquoi celle-là? Parce que ce sont justement ses critères de soumission de manuscrits et ses appels d’offre sur Facedebouc qui m’ont donné le goût de jouer à Romero sur papier. (Ouais, Romero. Je ne vais tout de même pas me comparer à Stephen King. Ce serait prétentieux. Pour l’instant.)

Je te donne le début du texte en avant-première, tiens:

On se lasse plutôt vite de torturer des animaux. C’est vrai. Moi, à quatorze ans, j’étais déjà rendu ailleurs. Les insectes sont des proies faciles et personne ne te juge parce que tu as écrasé une fourmi. Tout petit, on te remercie de débarrasser la maison des indésirables. « Sept araignées en une seule journée? Bravo Michaël. » (Avec le temps, ils diront : « Il est pas un peu bizarre, ton garçon? C’est quoi son affaire d’arracher les ailes des mouches? » Mais pas au début. Au début, tout va bien pour tout le monde.)

Alors les gens comme moi commencent avec des insectes. Sous la chaussure. Entre les doigts. Ça craque. Ça se distend sous la pression. Et survient le premier frisson. Qui disparaît trop vite. Une grosse blatte entre le pouce et l’index, le jus qui coule, mais la sensation attendue ne se produit pas. Mon Dieu que j’ai cherché comment retrouver le plaisir d’écraser de petit êtres vivants. Jusqu’au déclic.

Jusqu’à nouvel ordre, ce projet s’appelle Lac au Sable. (Juste parce qu’il y en a tellement qui portent ce nom-là au Québec. Et que l’horreur se nourrit d’abord du banal, pas de l’extraordinaire.)

Je te livre mes impression sur cet exercice de genre… Lire la suite

Vic a lu pour toi: J’haïs les bébés de François Barcelo

J’haïs les bébés (avril 2012) est un roman de François Barcelo que moi, je n’haïs pas. Du tout. J’aime bien et François et son roman. Il s’agit d’un titre des éditions Coups de Tête que je me suis offert en voyage sur mon itéléphone, téléchargé là-bas à partir d’un site d’ici. J’affirme au passage que je me convertis graduellement au support numérique et que ça me rassure sur ma capacité d’adaptation. Donc haine et bébés étalés sur les pages d’une plaquette qui fouette comme une cravache. Schlack!

Je suis bon public pour ce genre d’histoires. François Barcelo avait d’ailleurs déjà commis une novella chez XYZ, dans la défunte collection Kompak. Ça s’appelait Le seul défaut de la neige et je trouve d’agréables similitudes entre les deux livres. L’auteur doit y être pour quelque chose. Bref, que dire de J’haïs les bébés? Barcelo nous offre une histoire tordue qui flirte avec l’infanticide. Ça se passe à un jet de pierre du Roché Percé, la veille de Noël, dans une cabane de motel, entre une héroïne déséquilibrée qui se sauve de l’accouchement de sa fille, une barmaid blasée, une jeune maman au jugement déficient, un groupe de Français en motoneige, une chatte malchanceuse et quelques agents de la SQ. Au départ, la chose ressemble à une mésaventure tirée par les cheveux: une future grand-maman qui déteste les bébés passe les Fêtes dans le motel d’un ancien amant – au petit matin, elle trouve devant sa porte un bébé dans un panier. Voilà. Mets ça dans ta pipe. Puis, progressivement, Barcelo utilise ce prétexte pour nous jetter à la figure un polaroid cru et révélateur sur la détresse affective, la maladie mentale, la surconsommation, le jugement social… Entre autres.

Tu pensais que je te proposais une lecture facile? Nein. Pas de facilité avec M. Barcelo; du réfléchi dans un emballage claque-dans-la-face. Un beau contre-emploi, à mon avis. 

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Du Coca-Cola littéraire… en 50 tons de gris

J’ai fait trempette en Grèce cet été parce que je me suis marié. La Grèce, c’est romantique. Surtout les îles. Et c’est plein de gens en vacances. En vacances, le lecteur occasionnel s’adonne à son plaisir – un peu comme le fumeur occasionnel, un samedi soir dans un party avec des potes. Et comme le fumeur occasionnel, on dirait que l’objet qu’il choisit pour assouvir son besoin a finalement peu d’importance. « Tu veux une poffe? » — « Ouais, merci. » Tu remarques que le fumeur ne demande pas la sorte de cigarette qu’on va lui offrir. Et c’est compéhensible parce qu’on la lui donne. S’il achetait, il se demanderait quelle marque choisir. Il se rappelerait la dernière clope à son goût et rependrait du même poison. Il ne dirait pas: « Hé! Toi, derrière le comptoir, dis-moi donc quelles cigarettes se vendent le plus ces temps-ci? » — « Les Player’s marchent pas mal fort. » — « J’vais en prendre un paquet. » — « King Size? » Ce serait nul. Pourtant, ça doit être ce qui se produit dans les grandes surfaces où se vendent les montagnes de livres. Les plages du monde entier reçoivent la visite d’innombrables copies du même titre. Pas deux… un seul titre, souvent en anglais, mais aussi parfois traduit, entre les mains des vacanciers globe-trotters.

Cette année, c’était  Fifty Shades of Grey (Wiki…) a 2011 erotic novel by British author E. L. James. Set largely in Seattle, it is the first instalment in a trilogy that traces the deepening relationship between a college graduate, Anastasia Steele, and a young business magnate, Christian Grey. It is notable for its explicitly erotic scenes featuring elements of sexual practices involving bondage/discipline, dominance/submission, sadism/masochism. On a eu les Dan Brown et The Secret…maintenant c’est du soft-core à saveur Harlequin remballé. Ces livres-là sont à la littérature ce que le Coca-Cola est à la boisson gazeuse. On appelle ça de la domination.

Vic est-il jaloux? Oui. Je voudrais bien des ventes de ces dominateurs communs, pas toi? Mais surtout, le phénomème me fascine. Il doit y en avoir eu des épisodes de pushing, intentionnels ou non. « Je pars en vacances, vous n’auriez pas un bon roman à me suggérer? » — « Ben oui, il y a Fifty Shades of Grey, qui se vend très très bien. Juste aujourd’hui, j’en ai vendu une bonne dizaine et il n’est pas midi. D’après moi, si vous ne voulez pas avoir l’air rejet avec un livre différent sur la plage, je pense que c’est le livre qu’il vous faut. » — « C’est sûr que j’aurais l’air niaiseux si mon livre était différent de celui des autres… Fifty Plates of Djay, vou dîtes? L’avez-vous en français? Les traductions, moi, vous savez… » — « Ha! Si c’est du français que vous voulez, il me reste quelques Amélie Nothomb. Mais je vous conseille de trouver une plage francophone… »

Du Coca-Cola pour tout le monde! N’empêche qu’un bon Coke, ça reste un bon Coke. Et c’est toujours disponible… pas besoin de se forcer.

Voilà. J’ai ma réponse: la paresse. Pourquoi chercher plus loin que Fifty Plates of Djay après tout?

(Moi-même, j’ai lu Hunger Games dans l’avion, entre Athènes et Montréal. Avec un Coke. Ben oui, je sais.)

VV

Association d’idées…

Lire l’article précédent avant celui-ci. Il s’agit d’une annexe…

Je viens d’écrire mon texte sur Killshot et je me demande un peu ce qui s’est passé avec le film dont l’affiche accompagne mon article… Je fais quelques recherches sur le web et, patatra, je me rends compte que Tarantino – de Pulp Fiction – est celui qui s’est intéressé aux oeuvres de Leonard pour le cinéma…

Une citation:

« Success has followed Leonard to Hollywood as well. Released in October 1995, « Get Shorty, » starred John Travolta and was an immediate critical and commercial success; the same is true of « Out of Sight, » which starred George Clooney and was released in June 1998. Award-winning director Quentin Tarantino (« Pulp Fiction ») directed « Jackie Brown, » a film based on Leonard’s novel Rum Punch, in December 1997. Tarantino also plans to bring three more Leonard novels to the silver screen: Bandits, Freaky Deaky and Killshot. »

Faut-il s’étonner que j’aie senti le besoin d’associer le décalage de Pulp… avec celui des romans de Leonard? T’es en retard, Vic.

VV

Vic a lu pour toi: Killshot par Elmore Leonard

L’affiche du film qu’on a tiré du livre…

Bonté divine, lecteur persistant, je suis vraiment tombé sur un maître, le jour où j’ai ouvert un roman d’Elmore Leonard. (Cherche sur le blog, j’ai commenté d’autre de ses bouquins.)

Ce gars-là sait écrire. Et il a un don pour créer des situations qui démontrent le côté crade, sans relief, de personnages extraordinaires. Dans Killshot, il introduit un tueur à moitié ojibwa qui travaille pour les familles italiennes. On pense à un dur de dur, ses frères en prison, lui qui semble être méticuleux dans son travail à l’extrême… et qui raconte comment il est préoccupé par l’image qu’il projette en public. Et qui a le temps de jaser de la possibilité qu’Elvis ne soit pas mort avec une fan finie qui l’héberge et qui lui fait cuire des pâtes en conserves. Et qui se demande pourquoi il n’a pas descendu le petit truand qui a essayé de lui voler sa voiture… J’ai toujours aimé Pulp Fiction, parce que, entre les scènes d’action ou de drame, les protagonistes vivent leur vie ternes et sans intérêt. (Tu te souviens de cette conversation sur le caractère sexuel d’un massage de pied entre les personnages de Travolta et de Jackson? Ils se préparent à tuer des revendeurs à la petite semaine et ils prennent un pause dans le corridor en essayant de déterminer s’ils accepteraient un massage de pied de la part d’un homme… quel décalage magnifique qui rehausse la folie de la scène suivante – celle de la tirade de la Bible par Jackson avant le carnage.)

Dans Killshot de Leonard, on a cette impression que les personnages sont tout à fait dans leur train train malgré les événements incroyables qui surviennent. L’idée du roman est simple:

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